Deux objets se retrouvent après avoir été séparés et dialoguent.

 

F : Ah ! Tu es là !

C : Oui ! Ils ont finalement décidé de me reprendre.

F : Tant mieux. Car tu peux pas imaginer c’que j’ai dû faire pendant ton absence…

C : A ce point ?

F : Oui ! Ils voulaient que j’te remplace ! Alors moi, j’ai fait comme j’ai pu, mais tu sais à part piquer, d’habitude, je fais pas grand-chose ! Il a fallu que je m’adapte ! T’aurais vu comment ils m’ont malmenée, et vas-y que j’ te tords, et vas-y que j’te tape dans l’assiette !

C : Ma pauvre… j’imagine !

F : Heureusement ils ont fini par adapter leurs menus. Car le premier jour, avec un steak j’ai dégusté, c’est le cas de le dire !

C : T’inquiète ma belle je vais reprendre les choses en main. Je suis aiguisé comme jamais ! Prêt à reprendre du service !

Charlotte

 

 

– Salut ma Belle ! Où t’étais-tu envolée ?

– Envolée ! Tu m’as bien regardée ?! J’étais plutôt égarée dans le fin fond d’un placard où la poussière se collait sur mes poils… Tu imagines grâce à qui…

– J’imagine d’autant mieux que celle que tu imagines aussi m’a fait bosser comme une malade et je dois t’avouer que, poussière par ci, miettes par là, c’était beaucoup moins drôle et beaucoup moins doux que quand nous bossions ensemble !

– Moi, c’était pas le boulot mais l’ennui au milieu des toiles d’araignées ! et je te raconte pas avec quelle douceur elle m’a débarrassée de tous ces indésirables quand elle m’a retrouvée !

– Oublions tout ça ! Et au boulot pour fêter les retrouvailles de deux vieux complices !… et leur efficacité.

Suzanne

 

 

 

Dialogue entre l’oreiller et la taie d’oreiller.

– Ah! Te revoilà ! Tu avais disparu de la circulation !
– C’est vrai….J’étais passée en-dessous de la pile, dans l’armoire.
– Alors, je comprends mieux. C’est pour ça qu’elle m’a obligé à supporter tes cousines, celles en coton mélangé « made in China »…
– Je vois. Tu veux parler de celles avec des volants ridicules.
– Oui. En plus, elles sont trop larges pour moi…du coup, elles font des vagues… Ne lui dis rien, mais elle, au réveil, elle râle dans la salle de bain car elle a tous les plis marqués sur les joues…
– Mais tu ne m’as toujours pas dit pourquoi je ne te voyais plus…
– Ne m’en parle pas! Si tu savais ce que j’ai eu peur !
– Et pourquoi ? Tu m’inquiètes.
– C’est à cause d’Elle. Elle s’est trompée de programme de lavage. Je suis passée avec les bleus de travail….Eau de Javel et essorage 1200 tours/minute.
– Ça a dû te secouer !…
– C’est surtout que j’y ai perdu ma couleur ! Mon fuschia est tout passé !
-Ma pauvre! Ne t’inquiète pas. Pour moi, tu es toujours aussi belle. Le principal, c’est que tu n’aies pas rétréci…Moi, je crois que j’ai un peu grossi…Je me sens tout gonflé.

Marie-Claude

 

 

  • Ah, te voilà ! Depuis le temps…
  • Comment ça, depuis le temps ? Parce que tu penses que c’est d’ma faute ?
  • Mais non, enfin, prend pas la mouche, je sais que c’est pas d’ta faute !
  • Merci pour ta compassion, qu’est-ce que tu veux, on me pose et puis on m’oublie et on me r’trouve pas et puis voilà !
  • En tout cas, ces quelques jours sans toi ont été bien difficiles à gérer ! Ils ont dû se lever sans arrêt ! T’imagines la contrainte ? Ils ont perdu l’habitude, ces années sont déjà bien loin, d’ailleurs les enfants ne les ont même pas connus !
  • Ah bah, les enfants, parlons-en, c’est de leur faute tout ça !
  • Quoi ? C’est encore à cause d’eux ? D’toute façon c’est toujours à cause d’eux !
  • Oui, encore eux. Cette fois-ci c’est le petit qui m’a caché pour pas que sa sœur me prenne !
  • Et il t’a caché où ?
  • Sous les coussins du canapé, deux jours dans le noir, sans compagnie, à servir à rien et à les entendre râler !
  • Et alors ?
  • Alors, c’est Natalia, la femme de ménage, qui a fini par me dénicher. Et me voilà. Alors heureuse ?
  • Oh oui, les journées et les soirées seront bien plus calmes maintenant qu’ils auront plus à se lever en grognant !

Joséphine

 

– Je suis contente de vous retrouver, vous m’avez manqué.

– Ah bon, cela me fait plaisir. Moi je m’ennuyais seul dans le noir.

– Dans le noir ?

– Oui, depuis deux jours, dans un tiroir et sous une serviette de bain. Je n’entendais rien et je crevais de chaud en plus !

– Je suis désolée.

– Oui vous pouvez le dire…Mais dites-moi, comment avez-vous fait sans moi ?

– Je me suis adaptée ; j’ai fait au mieux, j’ai essayé d’être douce.

– Il m’a cherché au moins ?

– Bien sûr ! Il a ouvert le tiroir plusieurs fois, mais il n’a pas soulevé la serviette.

– Qu’est-ce qu’il a dit ?

– Où ai-je pu le mettre ? Il n’était pas vide, je ne l’ai pas jeté… Je n’en ai pas de rechange. Il faut que j’en rachète.

– Je suis vraiment contente de vous retrouver car mon brossage est plus stimulant avec vous et l’haleine plus agréable !

René Skrivan

 

 

Dialogue « silencieux » à quatre mains : un premier écrivant relate à un second écrivant un fait divers dont il vient de prendre connaissance et que l’autre ignore encore, les deux protagonistes devant tenir compte des personnages qu’ils incarnent.

 

 

DEUX ADOS DANS LE  TRAIN QUI LES EMMÈNE AU LYCÉE

 

— Hé, tu veux entendre une histoire de diingue ?

— Oui, jveux bien une histoire de dingue pour amuser mes potes à la pause. Raconte !

— C’était à la télé, hier. Un gars qui jouait super bien du piano, genre un pro de la musique, bah il prenait le train, comme nous deux ce matin, sauf que lui il a eu un accident…

— Quel accident ? Bah raconte j’aime bien la musique moi.

— Sont pas rentrés dans les détails, mais c’que j’sais c’est que les mains du mec étaient tellement amochées que le chirurgien a dû l’amputer ! Le truc trop dégueu !

— Les mains coupées pour un pianiste, c’est pas une histoire, c’est grave le seum ! T’es pas drôle mec !

— C’est pas fini ! Après on lui a greffé de nouvelles mains ! Et alors là le musicos il est grave parti en live ! Il est devenu super bizarre, super agressif !

— C’est normal ! Met-toi à sa place 2 minutes ! Des mains étrangères, ça rend fou ! Un pianiste en plus, non mais tu vois le délire !

— Justement ! C’est comme s’il avait pris la place de quelqu’un d’autre ! Il a tellement changé le type, que même sa femme avait peur de lui ! Il agressait tout le monde, un vrai schizo le mec !

— Sale histoire que tu m’racontes ! Mais c’est pas la réalité les faits divers tu sais !

— Moi j’suis sûr que c’est vrai ! Car en fait le gars quand il retrouvait toute sa tête, il enquêtait façon Les Experts pour savoir à qui elles étaient ces putains de mains. Et il a trouvé ! A ton avis, elles étaient à qui ces jolies p’tites mains toutes neuves ?

— Ces mains elles devaient être à un criminel, c’est pour ça qu’il devient méchant, c’est pas la réalité ! Sale histoire !

—Ouais, t’as trouvé, trop fort ! C’était un gars qui venait d’être guillotiné, comme au temps des rois, couic ! Et genre le pianiste il vivait avec les mains du tueur ! Il faisait c’que les mains lui disaient de faire, à savoir des trucs pas très clean…Chelou non ?! Et flippant quand même !

—Flippant, jvoudrais pas que ça m’arrive ! J’la raconterai pas ton histoire ! Bof, bof… 

Charlotte et Brigitte

 

 

 

DEUX CAISSIÈRES
– Hep!
– Ginette ? T’as pas l’air en forme ce matin ? Tu me racontes? Je prends ma pause à 10h.
– Y a un trou dans les files. J’y vais. Je peux te dire que ce que j’ai entendu ce matin sur RTL m’a coupé le sifflet.
– Ah bon ? Raconte…Moi, à part la météo en avalant le café, j’ai pas le temps d’écouter les infos avec les gosses qu’il faut préparer pour l’école.
– C’est l’histoire d’un mec qui a trucidé des gens qu’il n’avait jamais vus, qui ne lui avaient rien fait. Tu imagines ! Ça pourrait être n’importe quel gugus qui défile dans le magasin.
– Ça fait flipper, ce que tu racontes. On n’est plus en sécurité. Vivement les prochaines élections…On sait pour qui voter….Mais ton truc, ça s’est passé où ?
-Ils l’ont pas dit. Ils disent que ça enquête ferme. Mais ,tu sais quoi? En plus, c’est un type qui était célèbre y a quelques années…un pianiste je crois .Faut se fier à personne.
– C’est pas Clayderman ton gus j’espère ! Lui , j’aime trop quand il joue « Ballade pour Adeline ». Et pourquoi il a trucidé ces gens ? Des types de la télé qui ne voulaient pas le faire passer dans leur émission?
– Tu n’y es pas du tout. Il ne les connaissait pas je t’ai dit…C’est une histoire pas croyable.
Si on ne le voyait plus à la télé, c’est qu’il avait été amoché grave dans un accident de train. A 30 ans ! Tu imagines !
– Et il pouvait plus jouer ? Ou alors comme une casserole ? et les gens se sont fichus de lui ?
– C’est encore pire. On a dû lui greffer les deux mains !
– J’y suis ! On lui a greffé des mains de tueur!…d’étrangleur ? C’est gore ton histoire !
– Eh ben t’en as du flair ma belle. C’est toi qui aurais dû faire l’enquête ! Figure-toi que c’était les mains d’un assassin qu’on venait de guillotiner….et qu’elles continuaient à obéir au raccourci !
– Ma pauvre Ginette je t’ai toujours dit que dans ce magasin on était sous-employées.
– C’est sûr qu’on pourrait exploiter ton flair ! Mais t’avais pas trouvé le plus beau de l’histoire : il n’a pas eu le temps de trucider sa moitié (la belle Hélène, ils ont dit) et qu’il kiffe à mort !

Suzanne et Marie-Claude

 

 

DEUX FILLES A LA CAMPAGNE NOURRISSANT LES POULES

 

  • Tiens Josette, écoute ça, j’ai une histoire drôlement farfelue à te raconter.
  • Oh, la Paula, t’as vu tout c’qu’on a à frotter ! Tu m’racont’ras à la soupe.
  • Non, non, écoute, une histoire de fous, on a l’temps, y’a tout l’poulailler à s’occuper !
  • Bon d’accord. D’toute manière y faut toujours que tu gagnes !
  • Oh écoute, tu vas pas en revenir ! Attends, y’a l’coq qui m’lâche pas ! elle lui met un coup de pied. En fait, y’a un gars, pas un gars d’ici tu vois, un gars bien, un musicien, il a tué sa femme sans l’vouloir ! Va me chercher les graines…
  • Ben, comment qu’il a fait ? Fallait quand même qu’il ait une petite envie dans l’crâne… On s’assied un moment ? Ça m’travaille c’que tu dis.
  • Oui, on s’assoit, les poules n’ont qu’à attendre ! Bah le gars, tu vois, ses mains, elles étaient pas à lui !
  • T’as pas bu un coup d’trop ? T’es pas malade tout à coup ?
  • Mais non, une histoire de fou j’te dis. Une enquête qui n’en finissait plus ! J’l’ai lu hier soir, dans le journal où j’épluchais les patates !
  • Ben vrai, ça m’laisse muette c’que tu dis…
  • Bah ça, tu peux, écoute, un musicien, un virtuose qu’y disaient, il a eu un grave accident et ses deux mains coupées !
  • C’est quoi ce journal qu’tu m’racontes
  • On s’en fiche du journal ! J’sais plus, j’épluchais les patates dessus j’te dis !!! Bon écoute, c’était un pianiste, il a eu un grave accident de train, y pouvait pus jouer, et après, CRAC ! Il est dev’nu fou, et tu sais pourquoi ?
  • Ben non… mais tu sais, faut qu’on s’occupe des poules, sinon…
  • Roooh, Josette, qu’est-ce que t’es rabat joie ! En fait, le pianiste, on lui a cousu les mains d’un assassin ! Du coup, il était comme possédé, il a commis plein de crimes, comme l’ancien propriétaire des mains !!! Une enquête de fous !!!
  • Et toi, ça t’amuse de m’raconter tout ça ? On est pas chez les fous ici j’te rappelle.
  • Non, on est à la ferme ! Et dans le poulailler comme tu sais. Mais quand même Josette, elle est pas farfelue cette histoire ?
  • Ben moi, ça reste des histoires- Nous ici on a pas besoin de ces horreurs- Allez, petit, petit, petit…

Joséphine et Jacqueline

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Insérer un dialogue dans un texte tiré du roman d’Olivier Adams, Des vents contraires, en imaginant la relation qui pourrait exister entre les deux personnages.

  • Attendez, je vais vous aider à vous relever.
  • Non, ça va. Oh, la honte, tout le monde nous regarde !
  • Ne vous inquiétez pas, dans quelques minutes ils auront déjà oublié.
  • J’comprends pas c’qui m’arrive, en même temps,… une clope pour le p’tit déj, y’a mieux.
  • Oui, en effet, il vous faudrait peut-être avaler quelque chose de plus sain pour démarrer la journée ?

La serveuse s’approche de nous et nous demande si elle peut faire quelque chose.

  • Elle a besoin de se reposer je crois.
  • Il y a une chambre libre au premier si vous voulez.
  • Non, j’préfère sortir prendre l’air.
  • Très bien allons-y, appuyez-vous sur moi. Merci madame, ça va aller. Dis-je à la serveuse.

La porte automatique de la salle s’ouvre à notre arrivée.

  • Ah, ça va mieux, tous ces gens à l’intérieur, ce boucan, c’est venu d’un coup, j’comprends pas.
  • N’en parlons plus, allons nous asseoir sur ce banc.
  • Vous êtes déjà venu à ces réunions ?
  • Non, c’est la première fois, je suis venu par curiosité, ma fille m’en a parlé et je me suis laissé convaincre. Et vous ?
  • C’est un pote qui m’a inscrit, il dit que c’est bon pour moi, mais bon, j’sais pas trop.
  • Allons-y alors, si vous vous sentez mieux bien sûr.
  • Ouai, ça va, on y va, on va voir c’qui nous attend.

 

Joséphine

 

– Ça va mieux ?

– Oui, enfin, je crois.

– Vous m’avez fait peur, vous étiez toute blanche, un vrai fantôme !

– Désolée, j’voulais pas vous inquiéter.

– Vous en faites pas pour moi, j’en ai vu d’autres. Vous allez mieux, c’est le principal.

– Oui, mais je suis gênée quand même. Pour un premier rendez-vous, tomber dans les pommes, c’est original !

– C’est rien ça, vous êtes pardonnée. Et si on repartait de zéro ? Reposez-vous un peu, et on va le boire ce verre.

– D’accord, faisons comme ça. Merci de ne pas m’en vouloir. Mais j’aurais besoin de m’allonger, là, tout de suite. Ça tourne encore ! J’suis vraiment désolée de vous infliger ça !

 

Charlotte

 

Elle  -Qu’est-ce qui est arrivé ?
Lui – Rien de grave. Vous avez eu un petit malaise
– oh ….
– vous aviez déjeuné avant le départ du groupe?
– Non… pas eu le temps… réveillée trop tard… mal dormi… lit trop dur.
– je ferai en sorte qu’on vous change de chambre, la nuit prochaine.
– Où sont les autres ?
– Ils sont déjà assis dans le car avec le chauffeur. Ils m’attendent pour partir. Nous devons être à Taormina avant midi…
– Mon sac ! J’en ai besoin ! Mon appareil photo est dedans !
– Mais vous allez rester ici aujourd’hui !
– Non, ça va, c’est passé. Je peux marcher !
– Ce n’est pas mon impression.
– Si, il faut ! Je ne peux pas louper la visite des ruines ! C’est la plus belle excursion de la semaine !
– Pas question Mademoiselle. Je suis responsable de vous et je refuse de prendre un tel risque.
– Pourquoi ? Je vous assure que ça va maintenant.
– Il va bientôt faire 40° au milieu des pierres en plein soleil. Vous n’êtes pas en état….et si vous refaites un malaise là-bas, ma trousse d’urgence ne nous sera pas d’une grande aide.
– C’est pas cool !
– Je vous promets que nous ferons des photos pour vous. On vous les poste sur votre smartphone et ce sera presque comme si vous y étiez….
Demain, c’est la sortie à l’Etna et ce serait dommage de ne pas être en forme pour venir…
– Manquerait plus que ça !

 

Marie-Claude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue à quatre mains à partir d’une photo choisie où un premier personnage demande au second de faire quelque chose et essuie un refus.

 

C’était la veille des vacances de Pâques. Mr Labille s’était une fois de plus absenté, laissant sa classe de CM1 sans surveillance travailler dans le calme.

Victor, assis à côté de José se retourne vers Max.

  • Tu trouves pas que c’est bizarre ? lui souffle-t-il.
  • Quoi ?
  • Il est encore sorti !
  • Il parle avec qui ?
  • Avec la mère de George, je crois.
  • La mère de Georges ?
  • Ben ouai, il est amoureux !
  • N’importe quoi, il est marié. Intervient José, témoin de la discussion.
  • Et alors ? Répond Victor.
  • Bah, j’sais pas moi. Remarque José haussant les épaules.
  • Tu connais rien, t’es nul ! Raillent les deux amis en cœur.

Max reprend :

  • Hé Victor, pourquoi tu dis ca ?
  • Bah, c’est mes parents, ils disaient ça l’aut’soir.
  • Ils disaient quoi ?
  • Que Mr Labille est un coureur de jupons.
  • C’est quoi un coureur de jupons ? leur demande José.
  • Tu connais rien, t’es nul ! Persiflent les deux compères en même temps.
  • Hey, Victor, t’es cap de l’écrire au tableau ? Lui suggère Max.
  • Ecrire quoi ?
  • Que Labille est un coureur de jupons !
  • Ah non, j’ai déjà été puni la semaine dernière.

 

Joséphine et René Skrivan

 

 

Elle m’avait donné rendez-vous dans l’après-midi, en bas de mon immeuble. Je me demandais ce qu’elle pouvait bien avoir encore à me dire… Je la vis arriver de loin, avec toujours la même dégaine.

 

– Salut ! Lança-t-elle en m’apercevant.

– Salut. Alors, dis-moi tout, qu’est-ce qui t’amène ?

– Bah quoi, t’es pas contente de voir ta p’tite sœur ? Si je t’appelais pas, on se verrait jamais !

– Oh, ça va ! Je commence à te connaitre ! Je préfère être fixée rapidement, c’est tout.

– Bon, t’as raison… Je suis en galère. J’aurais besoin d’un petit service…

– Et ? Dis-je en attendant qu’elle développe.

– Et il faudrait que tu m’héberges quelque temps. Je me suis encore disputée avec mes collocs…

– C’est pas vrai ! ! Mais tu peux pas garder un appart’ plus de deux mois ! Désolée ma vieille, mais cette fois ce sera sans moi, tu te débrouilles !

– Mais je vais aller où ! se mit-elle à gémir.

– Mais où tu veux ! Fallait y penser avant ! J’en ai marre d’être toujours ta roue de secours !

Elle me regarda avec ses yeux de cocker. Mais cette fois-ci, j’étais déterminée.

– Tu n’as qu’à aller à l’hôtel et la prochaine fois tu réfléchiras avant de tout envoyer valser sur un coup de tête.

– Merci ! Lâcha-t-elle avant de tourner les talons.

 

Charlotte

A partir d’une photo choisie, créer un personnage et écrire son biographème.

Reprendre la même photo et devenir ce personnage qui écrit à celui qui se trouve également sur cette photo.

 

William, fils unique et adoré d’un couple de la petite noblesse anglaise qui habitait un manoir près de la ville natale de Shakespeare. Intelligent, il étudie le droit à l’université d’Oxford. Sensible, ouvert, à l’écoute des autres, il s’attachera, devenu avocat, à défendre la cause de petits propriétaires dont les terres étaient convoitées par des ¨gargantuas¨ jamais rassasiés. Sportif, il aime et pratique l’équitation depuis son enfance ; il fera aussi partie de l’équipe de cricket de l’université d’Oxford avec laquelle il parcourra le Commonwealth , opportunité de découvrir des horizons lointains et de rencontrer des gens dont il ne cessera de cultiver l’amitié.

 

 

 

Londres, le 21 Novembre 1948

 

 

 

Ma chère Maman,

 

 

Vous serez sans doute très surprise en reconnaissant la signature de cette lettre et, plus encore, en voyant la photo qui l’accompagne.

C’ est que, voyez-vous, fatigué et un peu déboussolé par mes derniers voyages au loin, j’ai soudain eu besoin de me plonger dans mes souvenirs et d’en retrouver des témoins soigneusement conservés dans le beau sous-main que vous m’aviez offert lors de mon admission à l’Université. Et cette photo a surgi, faisant remonter 1001 souvenirs

Vous souvient-il du jour où elle fut prise ? C’était lors de mes premières vacances après des mois d’internat dans le collège -excellent au demeurant- à qui vous m’aviez confié.

 

Durant ces quelques jours, j’avais retrouvé votre tendresse, votre souci de m’offrir toujours le meilleur. Vous m’aviez conduit dans les recoins du parc où j’aimais m’isoler accompagné par ma chienne Dolly ; vous m’aviez fait découvrir les beautés cachées de votre jardin ; vous m’aviez encouragé à parcourir les forêts à cheval avec mon père ; vous aviez préparé les repas avec soin, choisissant mes plats préférés, égayant la table avec des fleurs toujours renouvelées et vous aviez revêtu des vêtements dont les couleurs disaient la joie d’être ensemble. Puis, pour immortaliser ces moments bénis, il y eut cette photo où votre regard dit assez votre tendresse attentive…  Vous souvient-il ?

 

Bien des années ont passé… Et il y eut ce procès au cours duquel j’ ai défendu des personnes menacées de ruine face à des gens que vous estimiez mais qui, dans  ces circonstances, ne m’ont pas paru dignes de votre estime. Je le devais comme avocat, en accord avec ma conscience. Mais vous en avez été choquée, déçue, peinée et, hélas, fâchée.

En voyant cette photo, je pense que, comme moi, vous ne penserez plus désormais qu’à notre tendresse réciproque que je souhaite revivre très bientôt.

 

Votre fils aimant.

 

 

 

Suzanne

 

 

 

Simone a été coquette toute sa vie, ce qui plaira beaucoup mais qui fera râler ses trois maris qui doivent débourser pour les tissus et sortir leur carte bancaire.

Simone élève ses filles qui lui ressemblent.

Elle est commerçante, a de l’imagination pour ses tissus. Ses parents la soutiennent et pour les remercier elle leur fait de bons repas le dimanche. Un poulet fermier. Elle fera un poulet pour ses petits-enfants aussi.

Elle devient une petite vieille mince et affairée et aimée de tous.

Elle brode pour son plaisir.

Ses maris car elle en aura plusieurs se lassent de son rythme de vie pourtant elle est aimante.

 

 

 

Lille, le 25 Décembre 2000

 

 

Cher papa,

 

Les souvenirs de mon enfance affluent. Je suis venue dans la famille pour fêter Noël et nous trions les photos avec notre mère. Je retrouve celle où nous sommes réunis maman et toi.

J’aimerais tant aller te voir dans ta maison de retraite. La séparation d’avec la famille a été trop longue, les deuils, l’éloignement. Te souviens-tu des voyages en ville ?

Ton amour pour maman se voit sur la photo car tu es parti un jour comme les autres.

J’aimerais qu’avant que ta vie se termine tu regardes cette photo et que tu penses qu’elle était un moment de bonheur jamais retrouvé et que les années d’éloignement m’ont isolée car j’aurais eu besoin de tes conseils. Je ne pense pas aller te voir dans ta maison de retraite car nous ne nous reconnaitrions pas. La vie se transforme et nous transforme.

Notre mère est toujours avec nous et ne s’aigrit pas de nos allées et retours.

Ce Noël est une étape pour moi sur une vie d’adulte sans regret. Peut être auras-tu le souvenir de ta jeunesse et quelques regrets sur le passé ?

Tu peux m’écrire pour me dire ce que tu ressens, toujours à la même adresse. J’ai trois filles qui nous ressemblent. J’espère que ma lettre te trouvera en bonne santé.

Ecris moi.

 

Simone

 

 

Brigitte

 

 

 

Florence est une institutrice passionnée par son métier. Elle sait apprécier les bonheurs simples, comme les fous rire que lui provoquent les pitreries de ses deux enfants. Elle aime cuisiner pour sa petite famille et est très flattée quand ses recettes sont dévorées. Elle adore l’odeur de la lavande, elle dispose des petits sachets parfumés dans les placards. Elle n’a qu’une peur, que cette vie si paisible prenne fin brutalement. Elle s’inquiète toujours pour les siens. Elle voudrait qu’il y ait plus de soleil à Paris. Elle peut faire une nuit blanche pour finir un bon livre. Elle a parfois l’air triste. Elle n’aime pas les gens coléreux. Elle prend souvent des photos. Elle ne supporte pas le bruit.

 

 

 

 

Paris, le 15 mars 2025

 

Mon cher Gabriel,

 

L’autre jour ta sœur Caroline m’a demandé si j’avais toujours cette photo que papa avait prise de nous trois le jour de mes 30 ans. Elle voulait savoir si sa fille Lucie avait les mêmes expressions qu’elle au même âge. Et c’est plutôt troublant, je trouve qu’elles ont cette même moue boudeuse ! J’aurais tellement aimé que ton père puisse la connaître. Cette enfant est un vrai rayon de soleil.

Caroline est débordée par son travail, et c’est une joie pour moi de l’aider et de m’occuper de la petite. Elle est encore si maladroite, c’est adorable. Te souviens-tu du bébé clown qu’était ta sœur ? Elle faisait tout pour nous faire rire. J’ai conscience aujourd’hui que tu te sentais un peu en retrait face à elle. Elle était très exubérante, ça n’a pas été facile pour toi de te faire entendre, même si tu étais l’ainé. Mais elle n’était pas notre préférée, comme tu l’as si souvent suggéré. Papa n’aurait pas aimé qu’il y ait tant de rivalités entre vous, et que notre famille s’en trouve éclatée.

Aujourd’hui, Papa aurait eu 60 ans. Il me manque comme il te manque. J’aimerais que nous laissions de côté les rancœurs du passé et que tu viennes à la maison pour un petit repas. Nous évoquerions les bons moments, cela nous ferait du bien à tous les deux, de plaisanter comme avant…

Appelle-moi quand tu veux.

 

Maman

 

 

Charlotte

 

 

 

Paris, le 29 Mars 2017

Mon cher Philippe,

Voilà déjà un mois que Maman nous a quittés. Je n’ai pas vu les jours passer….
Ton séjour en France a été trop bref pour que nous trouvions le temps de beaucoup parler tous les deux, tu as repris l’avion pour Dakar le soir de l’enterrement…
Après les obsèques, je suis allée à l’appartement du Pecq  plusieurs dimanches afin de le vider, avant que les agences y pénètrent pour les visites.
Je t envoie cette photo, sur laquelle je suis tombée en parcourant les albums de Maman… Te souviens-tu ? C’était au mois d’avril, le jour de mon anniversaire. J’avais 4 ans.
Bien sûr, Maman avait fait mon gâteau préféré du moment, celui avec des petits beurres trempés dans du café…..Mais après, nous étions partis en promenades sur les pelouses du Vesinet.
Là, sur le cliché, je fais ma tête des mauvais jours car on nous avait obligés à mettre les manteaux que Maman  nous avait confectionnés, tu sais, ceux avec le petit col de velours côtelé…Toi ,le bleu marine, moi ,le gris…mais surtout, il avait fallu porter ces affreux chapeaux qu’elle avait fabriqués dans le feutre d’un de ses anciens bérets.
Toi, tu étais bien docile et tu avais même enfilé tes gants blancs. Moi, je n’avais pas voulu, et même refusé de te donner la main, pour la photo…
Cet instantané me touche, car on y devine déjà combien nos personnalités sont différentes : toi ,docile et comme on dit : »dans le moule ». Moi, rebelle, déterminée et sûre de mon bon droit.
Tu vois, Philippe, on y sent déjà que tu as toutes les aptitudes pour accepter les contraintes et les efforts des études, qui t’ont mené à ton métier de médecin, même si nous étions loin d’imaginer que tu choisirais de t’établir si loin de nous, en Afrique.
Moi, j’ai tracé ma route. J’ai le sentiment d’y avoir avancé, parfois à la manière d’un bulldozer, mais convaincue, comme toi, d’être utile aux autres.
Finalement, dans deux domaines bien différents, nous partageons ce même besoin qui rapproche nos deux chemins de vie.
Cela m’a donné une idée à présent que je vois poindre le temps de la retraite. La perspective de l’inaction me procure un sentiment de panique et de vertige auquel j’envisage une issue en venant te rejoindre là-bas, à Dakar, où tu connais forcément des associations au service desquelles je pourrais recycler mes talents et mon trop plein d’énergie…
Cette lettre, je la poste comme on jette une bouteille à la mer. Pour une fois j’ai besoin de quelqu’un et cette personne, c’est toi. Je sais que tu peux me trouver une solution.

Réponds moi vite ! J’ai hâte et je serais tellement heureuse de retrouver mon grand frère.
Je t’embrasse.

Fanchon

 

 

Marie-Claude

 

 

Il est insaisissable comme du vif argent. On le reconnait facilement car il parait toujours danser sur place. Parfois, il s’emporte sans qu’on comprenne pourquoi.

Quand il voit sa sœur, c’est la fête et on rit de les voir danser ensemble.

Il déteste conduire et ne se déplace qu’en stop.

Quand il vous parle, ses doigts n’arrêtent pas de pianoter.

Son goût pour le noir étonne. Personne jamais ne l’a vu autrement qu’habillé en noir.

Il aurait voulu être chanteur, disait-il, mais quand on l’entend chanter on se bouche les oreilles.

Il ne parlait jamais de fonder une famille.

Personne n’a jamais vraiment su où il habite.

Il paraît qu’il a commencé à écrire un livre, mais les ragots à la campagne, il faut pas trop y croire.

Une chose est sûre : il adore sa sœur jumelle.

 

 

 

 

Le 3 août 1946,

 

Coucou Armelle,

 

Non, je ne suis pas mort ! Mais que veux-tu, cette ignoble guerre je  voulais pas y croire mais elle nous a tous eus.

Sûrement tu te souviens qu’on avait décidé avec les parents que je resterais à la ferme car ils manquaient de bras. Moi, tu me connais, ça m’arrangeait de ne pas rejoindre le régiment.

Je sais que t’as cru que je voulais leur magot pour qu’il te file sous le nez et t’as claqué la porte avant même que j’aie pu t’expliquer. Mais t’avais rien compris. C’est pas contre toi que j’en avais. Quand même tu sais bien comme on s’aimait tous les deux, comme je t’aime encore !

J’ai trimé, trimé vraiment dur car le père allait pas bien.

Jamais rien de toi. C’était comme si t’avais jamais existé.

La mère ça la minait ton silence, je voyais bien. Puis le père est mort et la mère l’a suivi presque tout de suite après.

Heureusement que j’étais là quand j’y pense !

Mais toi, t’étais où ? Tu vas comment ?

En fait, en mettant mon nez dans les papiers. Il a bien fallu ! Je suis tombé sur cette photo-là. Ca m’a fait quelque chose. C’était le bon temps.  Tu te rappelles comme on était bien ensemble.

Je t’envoie la photo et je te dis pour de vrai que ce qui était avant, c’est plus là. Va savoir ce que t’es devenue… Et si tu revenais ? Moi, je vais pas rester ici. Les champs c’était pour le père.

Il est plus là, j’ai pas de femme, pas d’enfant. Je m’envole…

Mais vrai de vrai, j’aimerais bien qu’on se revoit, qu’on s’amuse encore un bon coup.

Fais pas ton mauvais caractère et reviens. S’il te plait.

Je passerai pas encore un hiver ici. J’ai toujours les jambes qui me démangent.

 

Ton Lucien qu’a pas changé

 

 

Jacqueline

 

 

 

Nadine a toujours été une femme pleine de vie, elle a toujours aimé sortir et s’amuser. Elle est très attachée à sa famille, ses parents, ses sœurs et ses enfants. Elle aime les belles choses, les choses matérielles de valeur, quitte à se priver à côté. Nadine aime cuisiner pour elle et surtout pour les autres, elle a découvert dans un livre de recettes italiennes, celle des lasagnes.

Elle rêve de voyager, de découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles personnes et de nouveaux plats. Parfois, elle voudrait partir, vivre sa vie, celle qui hante ses rêves. Nadine est drôle et attachante, pourtant, parfois, elle se sent seule et incomprise.

 

St Germain en Laye, le 31 Mai 1947

 

Ma chère Rose, ma sœur chérie,

 

 

J’avais envie aujourd’hui de me remémorer les bons moments que nous avons passés ensemble. Je suis donc allée fouiller dans la grande malle, celle que j’ai installée au pied de mon lit, tu sais celle que nos parents m’avaient offerte le jour de mon mariage. J’y ai accumulé bien des choses, les premiers dessins des enfants, les poèmes gentiment offerts pour la fête des mères qui font venir les larmes aux yeux lors de leur relecture, les divers objets dont des colliers fabriqués en terre glaise qui me font sourire et des photos, que de photos, c’est fou ce que l’on peut garder et que pour rien au monde je ne me séparerais, d’ailleurs, comme tu le vois, tout cela m’a suivi après mon déménagement.

Je joins à cette lettre, une photo, t’en souviens-tu ? Nous deux, côte à côte prises le jour de ton mariage. Comment oublier cette journée, comment oublier ce que j’ai vécu à ce moment ? Tu épousais l’homme que tu aimais alors que moi, quelques jours avant, j’avais quitté celui que je n’avais jamais aimé. Ton soutien à cette époque difficile de ma vie, m’a été très précieux. Tu as toujours été pour moi la petite fille que j’aimais cajoler et avec qui je jouais à la poupée. J’avais 17 ans à ta naissance.

Mais malgré cette différence d’âge, tu m’as comprise, tu as vu la tristesse de ma vie en partageant celle de Marcel toutes ces années. Et pour cela, ma petite sœur bien aimée, je t’en serai éternellement reconnaissante.

Tu me manques, la complicité que nous avions, les discussions qui pouvaient durer toute une nuit me manquent.

S’il te plaît, Rose, mettons de côté ces querelles d’héritage, je ne pense pas que papa et maman auraient apprécié cela. Fais-moi un signe, afin que je sache que tu ne m’as pas oubliée et que tu as encore une place pour moi dans ton cœur.

Ta grande sœur, ta Nadine.

Joséphine

 

 

 

 

 

A la manière de Queneau…

 

Raconter cette première anecdote avec une débauche de détails d’une précision mathématiques.

 

Un jeune garçon se précipite dans un wagon de métro avant que les portes ne se referment mais son pied reste coincé et la rame démarre…

 

Un jeune garçon de douze ans, non plutôt onze, se précipite au moins à 80 à l’heure dans un wagon de métro de 12,30 mètres. 1/1000ème de seconde avant que les huit portes ne se referment, mais son pied, minuscule d’à peine 30 cm de long, reste coincé et, malgré l’obstacle de la chaussure, à peine formée, la rame démarre, précise comme un chronomètre.

Jacqueline

 

Vendredi 25 mars 2015, il est 7h43 et le thermomètre indique à peine 8°C dehors (frais pour la saison, météo France annonçait pourtant hier soir un bon 10 °C au JT de 20h00). Quentin, Sébastien LEGENDRE, étudiant de 22 ans, un mois et six jours, se rend d’un pas décidé vers le métro qui doit le mener à l’Université Paris X située à 15 km de son lieu d’habitation. Seulement, ce matin, comme un matin sur dix, son réveil PHILLIPS LUMIA 250 n’a pas sonné à 6h02, et il accuse un retard de 2 minutes et 30 secondes… Ouf ! Le métro initialement prévu à 7h41 est encore à quai ! Malgré les écouteurs de son IPOD 16 Giga, notre étudiant d’1m75 pour 77 kg (il a pris 750 g dernièrement et n’arrive pas à les perdre) entend le « BIIIIIP ! » strident signalant la fermeture imminente des portes de la rame. Ne voulant pas attendre le métro suivant, celui de 7h52, il s’élance entre les deux portes. Seulement voilà, l’une de ses deux baskets Adidas pointure 42, la gauche précisément, reste coincée.

Vendredi 25 mars 2015, il est 7h44 quand le métro démarre, laissant tomber à quai la basket gauche pointure 42 de Quentin, Sébastien LEGENDRE…

Charlotte

 

Un garçon de 12 ans court à 20km/heure vers un wagon long de 22m, large de 10m, haut de 3m dans lequel sont installées 20 personnes debout ( dont 8 femmes, 10 hommes et 2 enfants) et 15 personnes assises (10 hommes et 5 femmes) d’un âge moyen de 54 ans. En quelques 30 secondes, les portes se referment et le pied (taille 39) du garçon reste coincé dans l’espace de 8cm5mm resté ouvert entre les portes. En  moins de 27 secondes, la rame démarre à 15km/heure.

Suzanne

 

 

Un jeune garçon blond d’environ 17 ans  se précipite par la porte d’un wagon de métro deuxième classe rouge, porte encore ouverte, sans se douter que la porte va se refermer Mais la porte se referme sur le  pied chaussé de baskets rouges taille environ 42 qui reste coincé. A son plus grand affolement et à sa plus grande surprise la rame démarre sans sonnerie son pied toujours coincé.

Brigitte

 

Marie-Claude

 

Précisions mathématiques :

Un jeune garçon de 17 ans, 12 jours et 4 heures, mesurant 1m71 et pesant 68 kilos, portant une veste taille 46, bien trop grande pour lui puisque sa taille standard est plutôt du 42 ; chevelu à souhait et dont les mèches atteignent facilement 20 cm, se précipite dans le wagon numéro 12, de la rame 43 à 15h17 sur le quai de la ligne 9. Un wagon de 50 m de longueur, 2m50 de hauteur et dont les portes coulissantes font 3 m ; un wagon d’un métro parcourant des tunnels de plus de 100 km de longueur et traversant les entrailles de la ville de Paris. Ce jeune homme donc, se précipite à 15h18, avant que les portes coulissantes de 3 m ne se referment en envoyant plus de 90 décibels. Malheureusement, son pied taille 43, portant une chaussure taille 45, reste coincé dans la rame, à 15h18 et 46 secondes alors que le métro démarre.

 

Joséphine

 

 

Une même anecdote racontée par chacun dans deux styles opposés, injurieux puis élogieux :

 

A la Poste, une jeune allumeuse remonte la file d’attente en doublant les clients mais se fait arrêter par un grand-père bougon.

 

Injurieux

A la Poste, une file de pauvres débiles poireaute depuis trois plombes pour acheter des timbres. C’est long, et vu le gus qui est collé au guichet, ça va pas arranger l’affaire. Il a l’air con comme un manche ! Une petite pétasse attend elle aussi, son clébard sous le bras. Pas gênée, la blondasse tente soudain de doubler les vieux qui font le pied de grue, la tronche en biais. Un papy qui pue l’eau de Cologne à 100 mètres lui gueule : « Eh grognasse ! ça te défriserait de faire la queue comme tout le monde ! ».

Charlotte

 

Dans ce gourbi bordélique qu’on appelle La Poste, une dévergondée boutonneuse nique les péquenots blafards qui attendent leur tour, en tortillant du popotin pour sucrer quelques places. Manque de pot !! Un vioque raldingue et mal embouché envoie sa canne dans les guiboles de la donzelle qui s’étale, les quatre fers en l’air.

Suzanne

 

A la poste, hideux bâtiment défraîchi et taggé, une pouf, une vraie putain, se met à brûler la queue comme une malade, jusqu’à ce qu’un vrai vieux con, râleur et débraillé, lui torde le bras pour la stopper.

Jacqueline

 

A la poste, glauque et malodorante, une jeune allumeuse maquillée comme une pute, yeux rouges par trop de maquillage sirupeux, remonte la file d’attente composée de vieux grigous sentant le tabac froid et l’alcool Géveor vieux cépages en bouteille plastique. Mais l’un d’eux plus cavalier et bougon que les autres l’arrête malgré son parfum Leader Price qui ne l’envoûte pas à son grand regret.

 Brigitte

 

Marie-Claude

 

Elogieux

 Nous sommes à la poste du centre-ville, dans ce magnifique bâtiment classé Monument Historique. Il y a certes un peu d’attente, mais qu’est-ce que c’est cinq petites minutes dans une journée ? J’en profite alors pour discuter avec les gens de la file d’attente, car j’aime joindre l’utile à l’agréable. Soudain, mon œil est attiré par une adorable créature, blonde et élancée. La belle a l’air pressée et elle porte de lourds paquets. Je suis toujours admiratif de ces femmes actives qui font mille choses dans une même journée, conciliant habilement vie de famille et travail. D’une voix charmante, elle accoste un à un les clients de la file, seraient-ils prêts à lui faire une faveur, et à la laisser passer ? Elle leur en serait fort reconnaissante. « Bien-sûr ! » dit l’un, «  ça va de soi » répond un autre. Elle est sur le point d’atteindre le guichet, quand un monsieur un peu âgé hésite à s’opposer mais : « C’est si gentiment demandé, comment refuser ! Allez-y Mademoiselle je vous en prie ! ».

Ah, c’est beau la galanterie !

Charlotte

 

Dans un bureau de Poste – lieu oh combien utile !- quelques personnes, accueillies par des agents avenants, attendent de pouvoir approcher des guichets. Une musique psychédélique agrémente ce temps d’attente. Une adorable jeune fille, visiblement pressée, se présente en queue de file. Sourire par ci, merci par là… elle parvient à gagner la sympathie des usagers qui lui cèdent volontiers leur place.  Jusqu’à ce qu’un vieux monsieur très digne lui explique, dans un langage châtié, que ce comportement n’est pas très correct. Convaincue par ces arguments distillés avec beaucoup de mansuétude, elle stoppe son élan et rentre dans le rang.

Suzanne

 

Mais qu’elle est donc mignonne la nouvelle poste ! Du reste comme tous les jours il y a déjà la queue jusque dehors. C’est vrai, on y va rien que pour le plaisir ! Ses murs roses et lilas sont constellés de fleurs qu’on dirait vraies. Moi j’y vais comme tout le monde et souvent pour rien, juste pour quitter l’horrible ville.

Eh bien là, dans la queue déjà longue, une ravissante, pressée sûrement, sort de la file tout-à-coup d’un pas léger et, tout sourire, dépasse sans gêne aucune un adorable vieux monsieur, qui séduit, c’est sûr, mais quand même elle lui prend son tour, s’incline devant elle comme un jeune galant qu’il a du être un jour.

Jacqueline

 

A la poste rajeunie par une peinture jaune lumineuse, une jeune déesse de 15 ans avec un jolie popotin qu’elle tourne et retourne pour allumer la file d’attente composée de jeunes hommes cravatés et sentant le rasage frais et l’after shave,  remonte vers le guichet passant devant tout le monde mais se fait arrêter par un monsieur très noble et très courtois qui lui dit de remonter la file sans égard pour sa beauté.

Brigitte

Marie-Claude

 

Inventer une anecdote et faire deviner aux autres son style.

Au supermarché, une mère fait les courses avec ses deux enfants. Le plus jeune renverse une pile de boites de conserve.

 

Hésitant

Je ne sais plus si c’était un vendredi ou un samedi… Je faisais deux, trois courses pour un déjeuner. Non, c’était pour l’anniversaire de René. Je faisais des courses donc, et là, j’ai aperçu une femme. Blonde. Ou brune. Rousse peut-être. Elle était avec des p’tits êtres… Des enfants, oui ! Au moins deux je crois. Garçons, filles, je ne sais plus. L’un des deux a fait un truc…Une bêtise ! Il s’est approché d’une pile de boîtes. Des boites de conserve. Des petits pois ou des haricots verts. Non, des épinards. Et la pile a un peu bougé. Heuuu non, la pile est carrément tombée ! Bam ? Boum ?

Charlotte

 

7h sur le quai de la gare. Une jeune maman, un enfant dans sa poussette, peine à monter dans le train qui vient d’arriver. 2 jeunes se précipitent pour l’aider.

 

Négatif

Ce n’était pas dans la rue, ni dans un parc, mais sur un quai de gare. Pas à midi, ni à 10 h 00 mais à 7 h 00 du matin. Ce n’était pas une vieille dame mais une jeune femme, pas seule mais accompagnée par un enfant qui ne marchait pas mais qui dormait dans sa poussette. Le train n’avait pas de retard, il était à quai mais elle n’arrivait pas à y monter. Deux jeunes gens, pas attentifs du tout à son problème sont passés sans s’arrêter pour l’aider. Elle est restée sur le quai sans se fâcher.

Suzanne

 

La rue est barrée par un énorme camion de déménagement.

 

Auditif

Quel enfer pour les riverains !

La rue ce matin vit deux agressions. Un marteau piqueur hystérique essaie de se faire le macadam silencieux. Il s’énerve, il danse sur place, il s’acharne dans une pluie de décibels insupportables pendant que des déménageurs s’engueulent en hurlant des jurons gutturaux et exaspérés.

Jacqueline

 

Ce matin, ciel brumeux à l’odeur de feuilles mortes et boueuses. Au guichet de la superette à côté de chez moi, la caissière parfumée Eau Jeune dont l’odeur se mélange à celle de pain au chocolat du jeune étudiant du lycée technique qui se trouve à côté, se prend la tète  pour 10 centimes que je lui tends pour faire avancer la file dont les odeurs différentes me dérangent.

Brigitte

 

Marie-Claude

 

 

 

Injurieux :

Dans ce satané lieu où travaillent des gens appelés fonctionnaires, ces fainéants faisaient semblant de s’activer en ayant toujours l’air débordés ! Dans ce lieu appelé la poste, une petite pimbêche, accoutrée comme une pétasse et peinturlurée comme une voiture volée, se croyant plus maligne que les autres, double allègrement en dandinant des fesses tous ces cons, n’ayant rien à faire de mieux, un après-midi d’automne. Jusqu’à ce qu’un vieux con, lui aussi, aigri et mal embouché, portant des vêtements aussi vieux que lui, agacé, et ne se gênant pas pour le faire savoir, par tout ce qui se passe autour de lui, la stoppe dans son élan.

Elogieux :

Dans ce lieu où se croisent quotidiennement, courriers d’amour et autres plis attendus qui partent et qui arrivent. Dans ce lieu donc, appelé la poste où ces êtres humains disponibles et au service des visiteurs, se tuent à la tâche chaque jour afin que chacun reparte satisfait, une jeune-fille timide et pressée, observe la queue qui s’allonge devant elle et décide d’avancer, discrètement, de place en place, en expliquant gentiment son urgence à chaque individu qui la laisse volontiers passer. Jusqu’à ce qu’elle se heurte à un petit papi, mal en point et fatigué d’attendre debout. « Appuyez-vous sur moi, Monsieur, je vais vous aider à avancer jusqu’au guichet » lui propose-t-elle en pensant à son vieux grand-père.

 

Joséphine

Poème déchiré ou moitié de poète

A partir d’une moitié de poème (« La maison du matin » d’Albert Samain), imaginer la suite…

 

La maison du matin, celle de tous ses chagrins.

La maison blanche, quand le soir son sourire s’éteint.

Derrière un pâle écran elle regarde la pluie.

Le soleil luit, cette nuit elle pense encore à lui.

Et du haut des rochers elle croit vouloir tomber.

Tout l’espace frissonne, ses rondes larmes ont séché.

Lyda, debout au seuil voudrait se réchauffer.

Un enfant sur les bras, sans rien à lui donner.

Laisse, regardant au large, ses pensées s’évader…

Charlotte

 

La maison du matin se réveille en émoi

La maison blanche se lève sous un ciel de soie

Derrière un pâle écran, la villa s’égaie

Le soleil luit, les nuages le couvrent de lait

Et du haut des rochers je domine la mer bleue

Tout l’espace frissonne en entendant les cieux

Lyda, debout au seuil du jardin potager

Un enfant sur les bras, cueille les fruits de l’été

Laisse, regardant au large, les bateaux ivres voguer

Le Lutin

 

 

La maison du matin, cachée dans la fûtaie,

La maison blanche et bleue où j’aimais tant rêver…

Derrière un pâle écran de brume et de branchages,

Le soleil luit, frileux, comme pris en otage.

Et du haut des rochers couronnés de lumière

Tout l’espace frissonne, étonné, éphémère.

Lyda, debout au seuil, souriante, épanouie,

Un enfant sur les bras, confiant et alangui,

Laisse, regardant au large, ses rêves divaguer.

 

Suzanne

 

 

« La maison du matin » seule au bout du chemin

« La maison blanche » habitée par tous les bambins

« Derrière un pâle écran » la demeure s’éveille

« Le soleil luit » et les enfants s’émerveillent

« Et du haut des rochers » ils rêvent, ils imaginent

« Tout l’espace frissonne » entouré de magie

« Lyda, debout au seuil » observe et câline

« Un enfant sur les bras, » suçant une tétine

« Laisse, regardant au large » ses ennuis s’envoler.

 

Joséphine

 

 

Petits poèmes rafistolés

Ecrire un poème à partir de bouts de vers choisis. 

 

Quand le soir les moustaches du chat s’endorment,

Je sens d’un coup mes paupières se fermer.

Doucement mes rêves en songes se transforment :

L’impossible devient la réalité.

 

Charlotte

 

Gardez-vous de pleurer, gémissant et courbé ;

Empruntez sans frémir les chemins chaotiques,

Car salubre est le vent quand on lui fait la nique.

Lorsque le flot s’agite, il faut le laisser faire.

Avancez crânement ! L’ombre sera légère.

 

Suzanne

 

Il était une fois,

Un enfant qui rêvait

Rêvait de câlins

L’accueillant le matin

 

Il était une fois,

Un enfant qui songeait

Songeait à la chaleur

D’un nid plein de bonheur

 

Joséphine

 

 

Conte poétique

Choisir un conte et le raconter sous la forme d’un « conte poétique ».

 

De jeunes garçons sont abandonnés.

Têtes blondes apeurées dans la forêt.

Au lieu de se laisser aller,

Le plus jeune des cailloux va semer.

Un ogre menace de les dévorer.

Petit dernier sait comment le piéger.

Pour sauver ses six frères adorés,

Les filles du Monstre seront sacrifiées

Et les Bottes de Sept Lieues chaussées.

Charlotte

 

Cendrillon porte bien son nom

Celui de la souillon

Elle rêvait de prince et d’amour

C’était sans compter sur les siens et leur désamour

La fée, sa marraine vint à son secours

La fit belle pour le bal

Mais à minuit « patatras »

Le rêve s’arrêta

Ne resta que la pantoufle de vair

Le Lutin

 

    Sept frères errant dans la forêt,

Leur chemin effacé par des oiseaux futés.

Un ogre toujours affamé,

Un stratagème bientôt inventé…

Et les sept frères enfin sauvés !!!

 

Suzanne

 

 

Trois frères s’en vont

Et quittent le giron

 

Trois frères bâtissent

Chacun une maison

 

Trois demeures faites

Chacune à sa façon

 

Un loup qui se trouve là

A envie de jambon

 

Il souffle sur la paille

Le premier se taille

 

Il incendie le bois

Le deuxième s’en va

 

Il grimpe à la cheminée

Mais l’odeur du brûlé

 

Lui fait réaliser

Que les cochons l’ont berné

 

Joséphine

 

 

 

 

Les bouts-rimés imposés

Un poème à trous à compléter comme «en écho».

 

Un jour, je partirai pour un pays lointain

En me laissant glisser sur les vagues du Rhin,

Sans me retourne, j’irai jusqu’au bout du monde,

Me laissant entrainer dans cette immense ronde.

Et, quand je reviendrai, des rêves plein la tête,

Sans être rassasiée par cette folle quête,

Je dessinerai alors sur une grande feuille bleue

La magique beauté des sites silencieux.

 

  Suzanne

 

 

« Un jour je partirai pour un pays lointain »

En suivant le sillage d’un docile dauphin

« Sans me retourner, j’irai jusqu’au bout du monde »

Là où la mer brasse des vagues profondes

« Et quand je reviendrai des rêves plein la tête »

Je transcrirai cela comme un sage poète

« Je dessinerai alors sur une grande feuille bleue »

Les merveilles gardées dans mon cœur silencieux.

 

Joséphine

 

Petits poèmes rafistolés

Chacun pioche dix cartes et compose avec cinq ou six cartes au minimum son poème.

 

Un aigle descendu de ce ciel blanc d’archange

Fait rider la surface de l’eau…

Et soudain, c’est l’éveil !

Authentique et fier,

Etoile comme une eau dans notre aridité,

Un enfant se tient immobile.

 

 

Tout le secret du bonheur ?

C’était du vide en pleurs et du miasme  qui souffre.

Un loup qui n’était qu’un songe

Quittait les bois ;

Il tonnait, il étonnait, il m’étonnait,

Ma joie est tombée dans l’herbe.

……. Et, lentement, montait la divine fumée.

 

  Suzanne

 

 

 

J’étais très gai,

Je courais, elle dansait !

L’horloge à son tour

Se décide à chanter

Sous le ciel étoilé et bleuté

Une vache mugit dans la vallée.

 

 

Etoile comme une eau dans notre aridité

Un aigle descendit de ce ciel blanc d’archange

Et soudain c’est l’éveil !

Un enfant se tient immobile

Authentique et fier

Et fait rider la surface de l’eau

 

Joséphine

 

 

 

 

Des mots sur une image

A partir de la liste de mots qu’une photo vous suggère, écrire un poème qui traduira ce que vous voyez et ressentez.

 

poesie

Par ce matin lumineux, le ciel rosé créait une atmosphère d’éternité

L’horizon blanc immaculé offrait un sentiment paisible

Ce camaïeu de couleurs, l’enveloppe ouatée de ce paysage apportaient une sensation de paix intérieure .

Ce n’était qu’un leurre

Le froid, la faim, l’hiver étaient bien là

Mordant chaque parcelle de mon corps.

Le Lutin

 

Silence enneigé

Camaïeu ouaté

Une pie esseulée

Seules menaces, quelques arbres tourmentés comme tachés de

sang  et des ombres gris-bleu mystérieusement étirées.

 

  Suzanne

 

Le ciel, lumineux,

L’air glacial

L’oiseau silencieux

Se tient, sous le soleil matinal.

 

L’image apaisante,

D’un paysage hivernal

Pourtant bien reposant

Qui invite à la ballade

 

Joséphine

Créer un personnage

 

Petites listes d’identification et un peu plus…

 

« Je serais » un arbre, déployant ses grands bras protecteurs au-dessus de l’humanité,

« Je serais » une vague repartant en arrière pour ne pas inonder les villages,

« Je serais » un langage qui serait identique dans le monde entier,

« Je serais » une porte qui s’ouvrirait à la misère du monde,

« Je serais » un parapluie qui protègerait les victimes des bombardements,

« Je serais » Donald qui dirait aux américains de s’aimer les uns les autres,

« Je serais » un livre qu’on pourrait lire sans avoir appris.

 

« Je serais » un langage ou peut-être un dialecte qui serait compris dans le monde entier. Le petit asiatique se rendant pour la première fois au fin fond de l’Afrique aurait la joie et le bonheur d’échanger de façon tout à fait naturelle avec ce petit « noir » sortant de sa hutte, lui proposant de se joindre à lui pour partager son repas. Ou encore, ce grand américain qui rirait aux éclats en comprenant la blague que lui raconterait cet indien. Oh oui, la vie serait bien plus simple pour tous, si ce langage était aussi universel qu’un simple sourire !

 

« Je serais » Donald et avouerait enfin à tous que mes dires ne seraient qu’une énorme blague. Que tout ce que les médias transmettent à mon sujet, ne sont que mensonges tous droits sortis de mon imagination pour faire parler de moi. Car, en fait, je ne suis pas si loin du Donald de Disney. J’ai aussi une Daisy, bien à moi, je suis gauche et un peu naïf. Entouré de toute ma famille, originaire des quatre coins du monde, j’aime nous réunir autour d’un repas mexicain. J’aime tout ce mélange, j’aime les gens et je souhaite que mon pays devienne une terre d’accueil pour tous les réfugiés du monde.

 

Joséphine

 

Je serais une belle tomate du jardin, belle et bien mûre, gorgée de soleil. J’ai grandi  entourée de mes copines sur le pied taillé amoureusement par le jardinier.

Tous les matins, il vient nous voir, nous fait la causette, admire notre croissance, coupe çà et là quelques branches, rattache un pied qui pousse de travers. A la soirée, notre ami repasse, nous inonde le pied d’eau de pluie, ce qui nous ragaillardit ! A la moindre petite tâche, je le sens inquiet, tourmenté. Allons-nous être malades, dépérir, racornir ? Ouf ! Quelques feuilles en moins et tout va mieux !

Toute la journée le soleil nous réchauffe et notre couleur passe du vert tendre à l’oranger puis à un rouge bien franc. Le jardinier nous respire, la cueillette va bientôt venir et quel bonheur de finir dans une belle assiette arrosée d’un filet d’huile d’olive. Quelle fierté ! J’ai une pensée émue pour mes tristes congénères, poussées dans le désert  sous de grands linceuls blancs, arrosées de pesticides, ballottées  dans de grands camions et ayant bien triste mine à leur arrivée… Les pauvres comme je les plains !

 

 

Je serais un magicien pour rendre le monde plus heureux. Mais il me faut faire un inventaire pour commencer car il y a une hiérarchie dans le bonheur et il me faut prioriser parce que ma baguette ne peut fonctionner que coup par coup.

Commençons par éliminer l’argent car à partir de là, plus de jalousie, plus d’envie plus de guerre puisque plus rien à voler, plus rien à dépenser, plus d’armes à construire.

C’est déjà pas mal ! Mais que vais-je faire ensuite ?

 

Mamounette

 

 

Je serais une coccinelle et je volerais sereine, car me sachant aimée et admirée par les humains.

Je serais une actrice de cinéma, belle et élancée, descendant avec grâce le tapis rouge à Cannes.

Je serais le vent, fort, indépendant, déclenchant des tempêtes pour me défouler ou caressant les visages lorsque je serais heureux.

Je serais un petit chat noir, caressant la jambe de mes jeunes maîtres à la recherche d’un câlin ou d’une friandise et ronronnant de plaisir devant la cheminée.

Je serais une minuscule fée, volant au-dessus des fleurs pour cueillir des fleurs pour ma reine.

Je serais un elfe portant un arc et des flèches pour me protéger des dangereux trolls de la forêt.

Je serai le vent, fort, indépendant, qui déclencherait des tempêtes pour se défouler ou caresserait le visage des humains pour me laisser guider par le bonheur, la douceur et la bienveillance. En fonction de mon humeur, des cris de désespoir pourraient jaillir de toutes parts ou des sourires pourraient embellir les visages les plus disgracieux. Je porterai toute la misère du monde mais aussi tout l’espoir des hommes. Je serais Zeus, Neptune, Cupidon et Apollon, je serais la haine et l’amour mais surtout, je me sentirais l’égal du soleil, lui qui fut autrefois mon meilleur ami et qui aujourd’hui me défie si souvent.

Je serais une minuscule fée jaune et bleue et je volerais au-dessus des fleurs pour cueillir quelques pétales afin d’orner le lit de ma reine bien-aimée. Rien ne serait trop beau pour elle. Chaque matin, je partirais de notre village, le cœur léger et vaillant, prête pour toutes les aventures. Un jour, je libérerais des coccinelles prisonnières de toiles d’araignée. Je les porterais sur mon dos, réparerais leurs ailes, les cajolerais et leur parlerais des merveilles du monde et de la magie du crépuscule. J’inventerais des danses folkloriques avec des lucioles pour leur faire oublier leur chagrin et leur sourire retrouvé serait pour moi le plus beau cadeau du monde.
Sandrine

 

 

Ecriture accompagnée 

« Je » est un autre… A vous de deviner

 

Je vis à différents endroits parmi les hommes. Mais là où je me sens le mieux est sur une face. Parfois on me cherche, posée dans un coin ou dans un tiroir, on se désespère de ne pas me trouver !

Je suis posée sur un roc, un cap, une péninsule, toujours planté au même endroit, mais que serais-je sans lui ? En regardant un peu plus loin, je peux voir la lumière, les gens, le soleil et tout ce qui m’entoure. A d’autres moments, en revanche, tout est noir.

Je ne fais rien, j’attends qu’on vienne me chercher et qu’on me dépose. Parfois, on me nettoie, puis, une fois posée, j’attends !

Je suis un objet du quotidien, indispensable à certains êtres humains et accessoire de mode pour d’autres. J’accompagne certains enfants dès leur plus jeune âge.

Malgré l’avancée de la science, je ne pense pas être amenée à disparaître un jour car certains inconditionnels me garderont. Les « fashions victimes » et les stars, ne peuvent se passer de moi. Je suis à jamais associé aux Blues Brothers.

 

Joséphine

(Une paire de lunettes)

 

 

Je vis un peu à l’écart près de l’escalier et je peux tout espionner de ma place, entendre toutes les conversations de la famille, respirer aussi les bonnes odeurs de la cuisine.

Au-dessus de ma tête, je vois la douce lumière orangée de la lampe rétro, mais à côté de moi je vois les boules colorées, mesdemoiselles les Sulfures que collectionne ma propriétaire. C’est élégant et ça me convient, heureusement qu’elle ne m’a pas placé à côté des poules !

En fait je ne fais rien ! J’attends qu’on me regarde, qu’on m’admire, mon rôle est simplement  de  décorer. De temps en temps j’ai droit à une toilette très délicate pour enlever la poussière qui se dépose insidieusement et c’est tout !

Je suis né en 1920 à Nancy dans un atelier, crée par les mains habiles d’un artiste talentueux, imaginatif aimant les fleurs et la lumière.

Ensuite, j’ai voyagé de maisons en maisons, j’ai traversé plusieurs générations mais je ne connais pas mon avenir, je peux finir ma vie en petites miettes ou oublié dans un grenier ou vendu aux enchères dans une salle des ventes  pour retrouver de nouveaux propriétaires ou finir au fond d’une poubelle !

 

Mamounette

(Je suis un petit vase Gallé)

 

 

Je vis dans la maison de ma maîtresse, le plus souvent à côté de mes amis mais parfois au pied de son lit, heureux de son choix, de sa préférence à mon égard. De là où je suis, je vois ses yeux expressifs, sa bouche qui sourit ou qui grimace. Je ne saurais décrire le bonheur que je ressens lorsqu’elle me prend et me caresse. Je me laisse découvrir, je me laisse aimer et j’ai l’impression d’être le roi du monde. Mais plus tard, je rejoindrai les autres et j’attendrai. J’attendrai, avec l’espoir d’être de nouveau l’élu car l’espoir fait vivre. Je suis le calme mais aussi la tempête, je ne bouge pas sauf lorsque l’on s’occupe de moi. Je suis parfois la hantise des enfants mais pas celle de leurs parents. Mon désir le plus cher est que ma maîtresse me présente à ses amies et que toutes les amies de France et de Navarre me découvrent et m’adulent; je deviendrai alors célèbre et mon auteur et mon éditeur me seraient reconnaissants à jamais.

 

Sandrine

(Un livre)